Quand il est question de croyance, on pense la plupart du temps à la religion. Il y a les « croyants » et puis les autres, « ceux qui ne croient pas ». Certains d’entre eux se galvanisent d’ailleurs de cet état, se sentant plus intelligents car n’étant pas « crédules » ; ils raisonnent en se servant de leurs méninges et n’ont pas besoin d’un « ami imaginaire », pour expliquer le monde, comme le demande parfois à ses invités l’hôte de Thinkerview.

Mais il n’y a rien de plus faux.
Le danger de la croyance est justement qu’elle est totalement aveugle et qu’à de rares exceptions près, on croit sans même savoir qu’on croit.

Car c’est inscrit dans nos gènes : l’Homo Sapiens est un animal croyant et nous croyons tous en quelque chose, parfois si fortement que certains d’entre nous sont prêts à prendre les armes pour défendre la « vérité » ou ce qu’ils tiennent pour « vrai ». Mais tout sentiment de posséder La Vérité n’est ni plus ni moins qu’une croyance invisible, voire refoulée, car dans le cas contraire, ceux qui en sont victimes auraient conscience qu’il ne s’agit que d’une croyance, et ne peut donc en aucun cas être La Vérité.

En quoi peut-on croire avec certitude ? Que si on arrête de respirer, on va mourrir. Que si on lance un objet, il va retomber sur le sol si rien ne vient le gêner dans sa trajectoire… Et en l’amour ? Certains y croient, d’autres non.

Attention, il faut être vigilant : la croyance est la meilleure porte d’entrée pour toute forme de dictature – politique, économique, religieuse ou intellectuelle – car son problème majeur est qu’elle n’est justement pas ancrée dans l’intellect, mais dans le siège des émotions, obligeant ensuite la raison à pédaler, usant de « biais de confirmation » divers pour donner une sorte de cohérence au système de croyance mis en place. C’est la raison pour laquelle la propagande se fait toujours en stimulant la fibre émotionnelle :

Personne n’a envie de partir en guerre spontanément… alors on gratte la corde sensible. La même chose s’est produite avec l’Axe du Mal des Américains, les propagandes Russes et Ukrainiennes, les propagandes Israélienne et Palestinienne, la propagande de Daesh contre l’Occident, etc. ce ne sont hélas pas les exemples qui manquent à travers le monde… Il suffit juste d’amorcer la pompe, puis ensuite de placer la caméra au bon endroit et la violence des images fait le reste.

C’est ainsi qu’on en arrive à croire toutes sortes de choses sans aucune preuve directe, simplement parce qu’on l’admet sur la foi de l’autorité de celui qui nous l’a dit.

L’amusant là-dedans est qu’un de ceux qui nous met en garde depuis très longtemps contre ce travers est justement un être considéré comme… religieux ! En effet, Bouddha aurait un jour dit :

« Ne croyez pas en quelque chose simplement parce que vous l’avez entendu.
Ne croyez pas en quelque chose tout simplement parce des gens le disent et que c’est répété par de nombreuses personnes.
Ne croyez pas en quelque chose simplement parce c’est écrit dans vos livres religieux.
Ne croyez pas en quelque chose sur la seule autorité de vos professeurs et des anciens.
Ne croyez pas aux traditions parce qu’elles ont été prononcées pour de nombreuses générations.
Mais après observation et analyse, lorsque vous trouverez que tout est en accord avec la raison et est propice au bien et au profit de tous et chacun, alors acceptez-le et vivez pour cela. »

Alors avant que vous commenciez à croire que je serais devenu bouddhiste, je vais prendre un exemple concret de croyance dans le domaine de recherche de BAM ; j’en ai déjà parlé dans ce long billet mais je sais bien que la lecture rebute (pour ça que je fais de l’audiovisuel).

La croyance participe à définir ce que l’on appelle en dramaturgie « le centre du bien », point moral autour duquel oscillent le bien et le mal dans l’univers que l’on crée.

Dans l’exemple qui suit, il s’agira d’un centre du bien « intellectuel » : ce qu’il est « bien ou mal » de penser.

À gauche de l’image jointe, vous voyez un monolithe de plus de 1 000 tonnes (certains parlent de 1300 tonnes), appelé « Pierre de la Femme Enceinte ». Il se situe au Liban, au bas d’une pente menant au pied des fondations du Temple de Jupiter, oeuvre romaine, composé de blocs aussi démesurés, comme on peut le voir sur l’image du bas.

À droite, voici ce qui émane d’un archéologue du CNRS et qui représente ce qu’il est « bien » de penser : qu’avec quelques hommes, des cordes et des cabestans, il soit possible de transporter en pente un bloc aussi imposant sur près de 900 mètres, puis ensuite de le hisser sur les quelques mètres restant à parcourir à cet endroit (à environ 10% d’inclinaison) et de le manoeuvrer ensuite pour le mettre en place, sans briser les angles ou les coins (ce qui n’a l’air de rien quand on ne sait pas de quoi on parle).

Ça, c’est donc ce qu’il est « bien » de penser.

En revanche, ce qui est « mal », c’est d’oser critiquer cette hypothèse, et le Pr Davidovits en a un jour cruellement fait les frais

Vous noterez également au passage que pour le croyant, celui ou celle qui pense différemment est une personne à abattre, et pour ce faire, tous les coups sont permis car pour lui « la fin justifie ÉVIDEMMENT les moyens ».

Nous venons de traverser plusieurs millénaires jalonnés de conflits et de guerres entre des factions qui croyaient toutes détenir une Vérité… qu’on attend toujours.
Il est peut-être temps de cesser de croire pour enfin, sans laisser de côté ce qui nous gène, chercher à comprendre le monde qui nous entoure.

BAM s’inscrit tout entier dans cette démarche.

Voir BAM en version cinéma avec ses bonus