LES DENTS DU 20H OU COMMENT L’INFORMATION NÉGATIVE EST DEVENUE EXTRÊMEMENT LUCRATIVE

J’ai arrêté de regarder les JT de 20H lorsque je me suis aperçu que l’essentiel de leur contenu était constitué d’informations négatives, justifiées par le fait que “c’est ce qui intéressait le public”, davantage attiré par les mauvaises nouvelles – qui arrivent aux autres – que par les bonnes, selon les recommandations de coûteux et pointus experts en communication. Quelques années plus tard, j’ai découvert cette vidéo, qui m’a fait prendre conscience de l’aspect émotionnel de ces JT, qui se prétendent pourtant exclusivement rationnels : musique, choix particulier de mots…

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Tout est fait en réalité pour générer de l’émotion, car c’est l’émotion qui nous retient devant un récit : sans elle, il est totalement insipide. Il existe cependant des émotions positives tout autant que négatives… Imaginez qu’un jour, vous croisez une personne dont la conversation n’est composée que de plaintes ou de récits horribles… si le lendemain, vous ne changez pas de trottoir, c’est que vous êtes soit masochiste soit en mission de sauvetage ! Alors pourquoi continuer à les regarder ?

Par certains aspects, la mise en scène de l’information négative n’est qu’un vulgaire appât pour vendre des écrans pubs, lesquels ne sont que du bête conditionnement pavlovien (relisez donc Le Meilleur des Mondes) : je t’attrape avec une émotion produite par un fait divers “sensationnalisé” pour mieux te vendre du “fromage-à-raclette-en-tranches-individuelles-so-hype-et-plus-pratique” conçu par un groupe de chimistes en blouses dans une usine high tech aseptisée… n’importe quoi. Il est écrit « nouveau » sur tous les produits depuis 30 ans, mais ce qui est nouveau en réalité, c’est l’emballage et la manière de vendre presque toujours la même camelote ! Si un produit est bon, il n’a pas besoin de pub : quand on rajoute un avion en plastique dans une boite de corn flakes, c’est qu’on n’est pas vraiment sûr que ça se vende sans.

Ça en serait risible si cette manière de faire n’avait pas autant de conséquences sur la société, car l’effet est terrible sur notre perception du monde : le 20H des grandes chaines s’apparente à un carton d’invitation à une soirée de fin du monde emballé dans un joli papier de soie. D’un côté, on nous abreuve de scandales en tout genre, dans l’agro-alimentaire, l’industrie pharmaceutique, pétrolière, dans les milieux politiques, etc. et de l’autre, dès qu’un citoyen fait part d’une certaine méfiance, voire défiance, alors il se fait aussitôt traiter de paranoïaque… cette confusion générale dans notre présent est désastreuse pour la vision de notre avenir : je vous mets au défi de trouver un parent aujourd’hui capable de vous dire “Dans 15 ans, ça sera le top et tout le monde sera heureux !”

Tant que notre société reposera sur “l’argent sacré”, alors il se trouvera toujours quelqu’un pour nous vendre de la viande avariée, des fausses informations ou des produits chimiques dangereux. Non pas qu’il faille bannir l’argent, mais le remettre à sa place et s’en servir pour ce qu’il est : un moyen d’échange et non le carburant de parasites égoïstes et criminels qui se contentent de pomper la richesse produite par d’autres. Pour eux, l’argent moderne est le moyen le plus efficace pour transformer l’humain en docile bétail 2.0 : peu importe que l’Humanité périsse, tant qu’elle consomme !

Les media sont responsables de beaucoup de choses, c’est vrai, mais en même temps, personne ne nous oblige non plus à les consommer. Pour ce qui me concerne, ça m’est égal de ne pas être au courant du dernier scandale ou de la dernière polémique stérile : j’exerce ma souveraineté individuelle, quitte à nager à contre courant de la société. Garde ta camelote, média, je te respecterai le jour où tu arrêteras de me prendre pour un imbécile.

N’est-ce pas de cette façon qu’on peut parvenir à changer en profondeur une société, par des micro-actions isolées ? Car dans notre système basé sur le “Dieu Argent”, le jour où ce mode de fonctionnement ne rapportera plus, alors il s’arrêtera de lui-même. « Si tu veux changer le monde, commence par te changer toi » disent les vieux sages… tournés en ridicule par la pub.