J’ai appris le montage il y a près de 20 ans, aux bandes annonces de France Télévisions principalement, plus spécifiquement de sport. J’avais été sidéré par la rigidité de la charte graphique et sonore : tout était soigneusement calibré, taille des typos, couleurs, type et durée de la virgule musicale… tout ça pour conditionner la célèbre “ménagère de moins de 50 ans”, le trésor des publicitaires à l’époque, qui à la vue de la couleur ou à l’entente de la première note d’un jingle savait quand allait avoir lieu le programme (dans un instant, après la pub, ce soir…).

Puis assez rapidement j’ai enchainé dans la pub. Je me rappelle de l’expérience de ces films MacDo (ça date, on est encore en format 4/3), pour lesquels je mettais en scène deux personnages dans une ridicule lutte d’ego… tandis que je racontais ces situations lors de ce qu’on appelle la PPM (pre production meeting, interminables réunions dans lesquelles on parle pendant des heures de films de pub de 30 secondes), le responsable de la communication de chez Macdo (un ancien de la pub passé chez l’annonceur, les pires) m’avait regardé droit dans les yeux en me lâchant :
– tu fais ce que tu veux, je m’en fiche, mais tu fais tourner mon hamburger pendant AU MOINS 7 secondes.
– pourquoi 7 secondes ? avais-je demandé, un peu candide.
– parce qu’à partir de 7 secondes, les gens ont envie de le manger”.

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Sur le tournage, j’avais ensuite passé des heures à attendre qu’un styliste culinaire fabrique sur mesure à la pince à épiler et avec des seringues remplies de sauces des burgers avec de la viande crue teintée de colorant (cuite elle est horrible à l’image) et les présente au client pour approbation… j’étais à côté d’une caméra 35 mm high tech que j’aurais volontiers embarquée avec moi car avec ce qui a été dépensé pour ces films, j’aurais pu tourner un petit long métrage. Pour l’anecdote, le documentaire “Supersize Me” venait de sortir, tandis que je filmais un 280 sur un plateau tournant.

La pub, le graal des réalisateurs, l’endroit qui permettait de pratiquer avec des moyens dignes d’Hollywood et de travailler avec les meilleurs, qui assurait des revenus plus que confortables, mais ne donnait aucun sens à mon existence : les films ont cartonné et ils ont vendu un million de chaque sandwich dans la semaine qui a suivi, ce qui nous a valu une coupe de champagne à l’agence… mais c’est avec cet argent de la pub que j’ai financé le développement de La Révélation des Pyramides : tout est relatif.

Dans Le Meilleur des Mondes (lisez ou relisez le c’est un ordre !), les individus sont exposés à des messages “hypnopédiques” à leur adolescence : des slogans qui leur sont répétés durant leur sommeil “pendant une période donnée un certain nombre de fois”, afin que plus tard, ces paroles deviennent des réflexes conditionnés.

Je me rappelle en avoir parlé un soir lors d’un dîner il y a une dizaine d’années, alors qu’on abordait justement la puissance de la pub.
– la pub n’a d’impact que sur ceux qui veulent, m’avait-on rétorqué, ou une chose du genre.
J’avais alors commencé à chanter (ceux de ma génération reconnaitront) “Il arrive toujours au bon moment, avec ses pains et ses croissants, l’ami du petit déjeuner, l’ami…” que tout le monde avait repris en coeur…

Tous se rappelaient mot pour mot les chansons et slogans de pubs de notre adolescence, le tout teinté d’une certaine émotion, 20 ans après leur diffusion “pendant une période donnée un certain nombre de fois”.

Faites donc le test autour de vous et vous comprendrez pourquoi les industriels dépensent autant dans la propagation de la bonne parole du commerce. Prenez maintenant un peu de recul et tentez de voir ce qui est abordé dans les messages pubs et ce qui ne l’est pas… bonne lecture des Évangiles Modernes de la Sainte Église de la Consommation.