ITV DE PATRICE POUILLARD, LE RÉALISATEUR DE BAM

(Dernière mise à jour le 15 juin 2019)

Bonjour Patrice. Aujourd’hui, vous sortez le film “Bâtisseurs de l’Ancien Monde”, plus connu sous le nom de “BAM”. Pourquoi BAM ?

On a coutume dans la production, surtout quand le titre est composé de plusieurs mots, de le réduire à son acronyme… il a eu d’autres titres – d’autres formes aussi, le film a été bien différent dans une version beta –  et finalement, on a décidé de le garder parce que c’est plus court, plus facile à prononcer et à retenir.

C’est quoi BAM ?

BAM, c’est une expérience. C’est ce que j’ai souvent entendu après les projections et c’est en grande partie du à la majesté des sites visités. Évidemment, en lisant ça on se dit “c’est le réalisateur qui nous parle de son film, il n’a aucun recul”. En fait, ce qui déroute le plus peut-être, c’est sa forme : il n’est pas construit comme un documentaire traditionnel, car la narration raconte une histoire qui s’appuie sur des faits. N’en déplaise à certains, cette histoire, c’est la seule partie “fictive” du documentaire, mais elle agace les esprits rigides ! Alors qu’on y parle beaucoup de blocs de pierre, de constructions, le film procure des émotions : j’ai remarqué ça avec ce sujet, ça lui est propre, on touche à une corde extrêmement sensible qui peut provoquer des réactions émotionnelles extrêmes. 

On est 10 ans après “La Révélation des Pyramides”, votre précédent film, auquel on ne peut pas s’empêcher de penser.

“La Révélation des Pyramides” est derrière, c’était il y a 10 ans, à une autre époque.
La réflexion a beaucoup évolué depuis, et la manière de présenter les choses également. 

Ce film a eu une étonnante trajectoire et a été énormément vu sur Internet. Il vous a valu beaucoup d’attaques.

Énormément. Avec du recul, je conçois que sa forme ait pu en rebuter certains : on ne peut pas mélanger en toute impunité un récit fictionné basé sur une présentation de faits réels. Dans BAM, même si la narration reste fictive en racontant un périple à la fois rationnel et spirituel, les éléments narratifs qui ont dérangé certains n’y sont plus… même s’ils ont également permis à un large public, pas vraiment intéressé par les documentaires, de découvrir le sujet.

Des articles de presse vous ont qualifié de “complotiste”, qu’avez vous à répondre à cela ?

Que je ne défends aucune croyance et que j’accepte volontiers toute information établie. En fait, sur le plan du langage et de l’étiquetage, je suis plutôt pragmatique et je revendique le droit de me poser des questions. Comme le dit, à la fin de BAM, le scientifique Érik Gonthier, la science est en perpétuelle évolution et les vérités d’aujourd’hui feront probablement sourire demain, l’important là-dedans, c’est le questionnement.
« Quand vous faites quelque chose, vous avez contre vous tous ceux qui veulent faire la même chose, tous ceux qui veulent faire le contraire et tous ceux qui ne font rien ».

Je reste sur le sujet. Certains affirment que « La Révélation Des Pyramides » est clairement qualifiable de “complotiste” par son interprétation alternative de l’histoire et par la remise en cause des versions officielles de l’égyptologie. Qu’avez-vous à répondre à cela ?

Si interroger l’Histoire, ou continuer à chercher, c’est être complotiste, alors notre société a un gros problème. On accuse LRDP à cause de sa forme particulière, mais peut-être aussi à cause de tout ce qu’il s’est dit sur le net et la violence de certains “débats”. C’est par volonté de ne laisser personne me dicter une manière de faire, que fin 2016, j’ai stoppé toute collaboration avec celui qui m’a fait découvrir ce sujet, l’informateur dans LRDP, tant nos divergences de points de vue étaient éloignées et tant je ne souhaitais pas m’associer à des discours radicalement opposés à ce que je suis et à ce que je pense : je souhaite faire des films qui rassemblent les gens et non qui les divisent.

EDIT : BAM YOUTUBE SERIE

Sur Internet, certains se déchainent contre vous et contre BAM. Qu’est-ce que ça vous fait ?

Ça m’a fait travailler cette phrase de Kipling : « accepter d’entendre tes propos travestis par des gueux pour exciter des sots » ! Car c’est vraiment de cela dont il s’agit, considérant que le mot “gueux” ne s’applique pas aux gens pauvres financièrement, mais plutôt intellectuellement, de manière volontaire, avec l’idée de ne rien faire pour changer sa situation, se cultiver et réfléchir, ce qui n’a pourtant jamais été aussi facile qu’à notre époque. En cherchant un peu, vous trouverez des parodies de BAM, de ma série Youtube (cf lien juste au-dessus), des blogs et toutes sortes de choses, qui varient de la moquerie à l’insulte, en passant par des articles faussement neutres, comme si un être humain pouvait être réellement objectif. L’un d’entre eux me harcèle depuis quelques années maintenant : il ne rate aucune de mes interviews, épluche chacun de mes posts sur Facebook… je me demande parfois si ce n’est pas une intelligence artificielle tant il a l’air connecté en permanence. C’est la rançon de la gloire : pour un réalisateur, le pire est qu’on ne parle pas de son film et la règle est même “En bien ou en mal, il faut qu’on en parle”. Ça fait partie du jeu. Les réactions étant principalement de nature émotionnelle – vous contrez les oppositions sur un point précis et aussitôt votre interlocuteur “switche” sur un autre – c’est sans fin. Tout ça montre que j’ai touché avec ce film là où ça fait mal : hormis des problèmes psychologiques, quelle peut bien être la motivation d’une personne pour consacrer sa vie à lutter contre un film et son auteur ? 

Dans LRDP, vous annoncez clairement la fin du monde…

Quand vous vous intéressez aux récits du passé, vous êtes rapidement confronté à l’idée de cycles et de « fin du monde ». C’est une conférence alarmiste sur une possible disparition du champ électromagnétique terrestre dans un avenir très proche, donnée par un spécialiste de l’IPGP, Gauthier Hulot, qui m’a poussé à l’époque de LRDP à placer cette hypothèse dans le film, car la science moderne me paraissait rejoindre les mises en garde du passé. J’ai été effaré qu’un tel risque puisse ne pas être sérieusement considéré, ce qui en disait long sur les préoccupations de notre société : on m’a accusé de vouloir faire de l’argent en exploitant la peur – ce que je laisse volontiers aux médias d’information continue – ou pire d’être un imbécile convaincu par ce qu’il croit. Si je ne crois en rien, je reste ouvert à tous les possibles et aujourd’hui, les agissements des Hommes me préoccupent davantage que ceux des étoiles : il me semble que les voyants sont au rouge partout, environnement, économie, géopolitique, dogmes et religions… Mes films participent à cette réflexion de fond et je suis certain que mieux connaître notre passé nous permettra de mieux envisager notre avenir : si vous ne voyez pas encore comment, vous le comprendrez peut-être après avoir visionné BAM.

Comment vous qualifieriez-vous ?

Comme un pragmatique. Je me pose des questions et je cherche les réponses, c’est tout. Tout le monde peut se poser des questions, mais certaines sont plus pertinentes que d’autres. À notre époque, tout est sur un même plan, le futile et l’important… Je me tiens en dehors de tout ça : je voyage, rencontre des humains partout sur la planète, je visite des sites archéologiques extraordinaires et je déplore que notre Humanité, pourtant si avancée, ne bâtisse plus d’oeuvre à la gloire de la Terre, du vivant ou d’elle-même.

Comment passe-t-on de la réalisation de clips et de pubs aux Pyramides de Gizeh ?

Chacun vient dans ce sujet en fonction de ce qui l’intéresse : pour certains, c’est le voyage et la beauté des sites, pour d’autres, les difficultés techniques ou encore la pensée des ingénieurs qui ont réalisé ces oeuvres. Une réalisation architecturale parle de la pensée de ses concepteurs, et c’est la raison pour laquelle selon moi tant de gens sont fascinés par ces constructions : la pensée sous jacente nous paraît si étrangère qu’elle touche en nous quelque chose de profond… et c’est ce que je recherche. Intéressons nous à cette pensée, tentons de la comprendre plutôt que de reléguer nos ancêtres à de vulgaires crédules idolâtres en tenues légères, vision classique en total décalage avec la réalité de ce qu’on observe sur le terrain. Ce n’est pas pour autant qu’il faille les imaginer munis de lasers !

Est-ce que ce sont les scientifiques en général et les archéologues en particulier que vous n’appréciez pas ?

J’apprécie tous les individus avec lesquels on peut discuter ouvertement et intelligemment, qu’ils soient scientifiques ou autres m’importe peu. Je rencontre des scientifiques et des archéologues, et il serait peut-être temps d’arrêter de procéder à des amalgames aussi grossiers : tous les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux et ce ne sont pas forcément les plus scientifiques, à la manière décrite par René Descartes, qui s’expriment le plus dans les média. Les scientifiques sont des gens comme les autres, certains ouverts aux idées nouvelles, tandis que d’autres y sont totalement fermés. Puisque la Science se plaint, et à juste titre, d’un manque de crédits, j’ai envie de faire de la recherche privée, de manière intègre, comme l’est à mon sens BAM.

C’était quoi la révélation de La Révélation Des Pyramides ?

La vraie révélation de LRDP, c’est qu’au moment de sa sortie, personne ne s’exprimait massivement sur ce sujet or maintenant, on a des centaines de blogs, plus ou moins heureux, qui existent et des experts en tout et partout ! Vous ne trouvez pas que c’est une bonne chose qu’on s’intéresse ainsi à notre histoire ? Que les jeunes et les moins jeunes se posent des questions sur la civilisation Inca ? Sur l’ancienne Égypte ? Juste quelques lignes dans les manuels scolaires sur les premières dynasties égyptiennes, ce n’est pas rendre hommage à 3.000 ans d’Histoire de l’Égypte…

10 ans ont passé entre LRDP et BAM, c’était nécessaire ?

Oui. C’est une chose de faire une conférence devant 100 personnes, c’en est une autre de livrer un film qui va faire le tour du monde. Se faire comprendre par le plus grand nombre possible de gens est un exercice difficile. Ma pensée et ma réflexion évoluent au fil du temps, il est normal que mes films le reflètent. Je n’ai retenu que ce qui me semblait le plus fondé et le plus important, et j’ai resserré la problématique autour d’un aspect encore plus factuel. Si LRDP a fait figure de « montagnes russes » intellectuelles pour certains, je dirais que BAM s’apparenterait davantage à un long vol en planeur.

BAM, c’est quoi ?

BAM est un documentaire d’un genre un peu particulier : ni un film de cinéma, ni un documentaire au sens strict, c’est davantage une expérience, comme je vous l’ai dit plus tôt, une réflexion de fond et un appel à prendre du recul sur notre monde et sur nous-mêmes, en tant qu’être vivants sur une extraordinaire planète, honorée par nos ancêtres lointains d’une manière si incroyable qu’elle suscite encore l’interrogation de nos jours. Qu’on le veuille ou non, ce problème d’absence d’archives, d’explications quant au comment et au pourquoi des constructions, est planétaire.

On fait un peu de pub : vous le proposez en streaming sur votre plateforme ? 

Sur bam-investigations.com. Le streaming est vendu 3,14 €, pour que tout le monde puisse se l’offrir sans avoir envie de le pirater, ce qui s’est produit en masse avec le précédent. Aussi parce que les habitudes de consommation ont changé, et qu’il n’était pas question d’envisager une exploitation classique trop contraignante. Les Blu-ray et DVD seront édités à l’automne 2019.

Quelle est la vocation de BAM Investigations ?

C’est un centre de recherche et d’investigations, pour l’instant dédié à l’étude de notre passé, mais qui ouvrira sur d’autres sujets, toujours avec la même vocation : tenter de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Lutter contre une forme de sclérose de la pensée et d’ignorance… Ne devrait-on plus interroger le monde ? Aurions-nous tout compris sur lui et sur le vivant ? Dans ce cas, pourquoi notre monde se trouve-t-il dans cet état ?

Pour quand est prévue la sortie internationale ?

Automne 2019 pour la sortie anglophone, puis ensuite, en fonction du succès, nous ouvrirons le film aux autres langues, car à notre époque d’hyper connectivité, le monde ne se découpe plus en territoire géographiques mais en langues. Le succès a été phénoménal pour LRDP, qui a fait le tour du monde et été vu par près de 80 millions de personnes, dans une quasi indifférence médiatique en France. Le pays des Lumières est long à la détente.

Quel avenir pour BAM au cinéma ? D’autres projections en projet ?

J’ai effectivement plusieurs projets, mais qui restent encore flous jusqu’à ce qu’on trouve le moyen de les financer : BAM 2, BAM YOUTUBE SERIE avec la volonté d’aller encore plus en profondeur… des projets avec Graham Hancock ou Chris Dunn, avec des jeunes chercheurs… en fait, les projets ne manquent pas.

Quels sont les moyens actuels pour financer tout cela ?

Par la vente des « produits de soutiens » : film et contenus en streaming (9 interviews intégrales sont déjà proposées en streaming), livre BAM, Blu-ray, affiche et photos. Par de nouvelles campagnes de financements participatifs, si le public est au rendez-vous, par des investissements privés, etc.

Peut on dire que BAM se professionnalise ?

C’est indispensable si on veut proposer un BAM 2 digne de ce nom : un temps de « Recherche & Développement » est primordial pour réaliser un travail de qualité et éviter toutes erreurs ou imprécisions. Il nous reste des sites à investiguer de manière scientifique, avec du matériel de pointe, et tout cela a un coût.

Vous avez financé une partie de BAM avec 2 campagnes de crowdfunding. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette philosophie ?

Je travaille pour le public et c’est la seule forme de reconnaissance qui me satisfait d’ailleurs. J’ai tenté sans succès de 2005 à 2007 de trouver des fonds publics avec des chaines de télé, des producteurs et des distributeurs et j’y serais encore si je n’avais pris le contrepied du système de production français en partant directement à l’international, comme l’ont fait d’autres avant moi pour les mêmes raisons. C’est par Internet que le succès est venu, suite au piratage de LRDP, et puisque la production française boudait toujours le sujet, il a semblé normal de solliciter le public afin de voir s’il avait envie d’en voir plus. Les deux objectifs ont été rapidement atteints, lors de la première campagne il l’a été en 24 heures et les 200.000 euros bruts collectés (1/4 du budget) nous ont permis d’être crédibles auprès d’investisseurs et de sociétés qui ont décidé de participer au budget.

Pourquoi les contributeurs sont ils intervenus dans la fabrication du film ?

2016 a été une année charnière pour moi. Observant ce qui s’était passé depuis 2012, ce qui se disait sur LRDP par les uns ou les autres, l’absence de sortie officielle du film, acheté par RMC Découverte alors qu’il trainait sur la toile depuis déjà plusieurs années, le radicalisme et la violence de certains échanges entre pro- et anti-LRDP, des qualificatifs attribués au film tels que ceux avec lesquels vous êtes venus, m’ont convaincu qu’on ne construit pas sur du sable. J’ai donc sollicité les contributeurs en juin 2017 pour leur présenter une version beta bien trop spéculative à mon goût, mais avec le peu de moyens à disposition, il était difficile d’aller plus loin… j’ai donc proposé au public la chose suivante : souhaitez vous que l’on fasse un film pour nous, incompréhensible pour le profane (ce qui était le cas) ou alors un film qui permette au sujet d’avancer et donne envie au grand public de s’y intéresser ? Lors de cette vingtaine de projections, la réponse a été unanime et cette collaboration directe avec le public a été une extraordinaire expérience humaine, tant du point de vue intellectuel que philosophique : ensemble, « nous avons écrit la suite de cette Histoire », ce qui était le message initial de la première campagne de crowdfunding.

Quels sont les domaines de recherche qui vous intriguent le plus ? À quels endroits du monde voudriez-vous mener des investigations ?

Clairement le son, et les fréquences. Raison pour laquelle j’insiste autant sur le site de Barabar. À l’instar du mécanisme de « respiration des engrenages » de la machine d’Anticythère, pour lequel Mathias Buttet (directeur de la recherche et développement de la société Suisse Hublot), remarque avec émerveillement que notre « civilisation est passé totalement à côté », le site de Barabar, extraordinaire de simplicité visuelle, est en réalité si anachronique dans sa conception et sa réalisation, que peu se sont interrogés sur sa probable destination. Le son a été longtemps une préoccupation importante de nos ancêtres, et les archéologues étrangers, intéressés par les rapports de l’Homme et du son dans les bâtis du passé ne s’y sont pas trompés et me harcèlent pour monter une nouvelle mission scientifique à Barabar, sous la supervision d’Érik Gonthier, le géologue au Musée de l’Homme qui m’accompagne au long de BAM. Donc pour répondre à votre seconde question, l’Inde évidemment, avec également une exploration sous-marine au large de Mahabalipuram, en Inde du sud, mais également d’autres sites sur la planète, peu connus, qui méritent des études plus poussées… pas faites la plupart du temps, car ce n’était pas la priorité des pays qui les abritent, soumis à des difficultés bien plus importantes.

Qu’aimeriez-vous faire avec tout cela ?

Qu’on prenne enfin sérieusement en considération ce dossier, qu’on s’intéresse de plus près et de manière plus dépassionnée à cette possibilité de l’existence d’une civilisation avancée avant la nôtre et à ses conséquences philosophiques au moment où il est de plus en plus urgent et important de décider collectivement de la direction et des choix que va devoir inexorablement faire notre civilisation si elle veut perdurer : on est tous concerné.