CROIRE OU NE PAS CROIRE, TELLE EST LA QUESTION ?

Croyance et liberté de penser

Un cerveau humain “vu par un ordinateur”. Photo Getty Images. Science Photo Libra

La croyance, soit l’adhésion sans preuve à une idée ou à un dogme, n’appartient pas qu’au monde religieux. L’Homme ayant profondément besoin de croire en quelque chose face au mystère dans lequel nous vivons – si ça n’en était pas un, nous aurions les réponses aux questions concernant l’origine de notre univers et de la vie, ce qui n’est pas le cas – si l’on chasse la croyance en un Dieu, à moins d’un effort particulier, cette ferveur religieuse que manifestent certains se déplacera dans un autre domaine, qu’il soit politique, économique, social… cette tendance au dogmatisme, qui n’est pas l’apanage des seules religions, n’a en réalité par grand chose à voir avec le sentiment de foi, car de tous les religieux que j’ai rencontrés, les « vrais » se fichaient peu de la confession à laquelle vous apparteniez, préférant se réjouir de vous savoir dans une démarche spirituelle d’évolution.

Croire qu’il n’existe aucune transcendance n’est au final qu’une autre croyance. L’athéisme s’oppose au théisme, mais ce ne sont que les deux faces d’une même pièce, car qui peut aujourd’hui prétendre démontrer la véracité de l’un ou de l’autre ? Certains se disent athées car ils ne veulent pas se rallier à la figure d’un Dieu paternaliste tel que décrit dans les trois religions du Livre, mais pourtant, ils restent ouverts au fait qu’il puisse exister quelque chose qui dépasse le cadre de nos seules perceptions… ils ne sont donc pas véritablement athées au sens où les militants athées les plus virulents l’entendent, eux qui mettent dans le même panier – à ordure – tout ce qui ne peut se démontrer dans l’état actuel de nos connaissances : cette division binaire est selon moi obsolète car la question apparait bien plus profonde et complexe.

Je ne peux que rester humble face à ces deux grandes questions évoquées précédemment que sont l’origine de l’univers dans lequel nous vivons et l’origine de la vie. Concernant l’univers, soit il est fini, ce qui pose la question de son contenant, soit il est infini ; dans les deux cas, ceci dépasse à mon avis nos actuelles capacités de réflexion.

De nos jours, sur notre planète, certains pensent que la conscience de l’être humain appartient à une « plus grande conscience », quand d’autres pensent que la conscience n’est que le produit du cerveau. À cette question, je n’ai pas la réponse, ce qui ne me dérange pas. Je peux bien évidemment croire en mon for intérieur en quelque chose, mais il ne me viendrait pas à l’esprit d’aller crier haut et fort que j’ai raison : je n’en sais rien et reste ouvert à toute proposition, que je soumets à mon discernement, gouvernail de ma raison.

Et dieu, dans tout ça ?

© Lau

À la fin d’une interview (inédite) d’un astrophysicien du CNES, Francis Rocard, je posais la question suivante :
– Et Dieu dans tout ça ?
Voilà ce que fut sa réponse :
– Tout d’abord, la science et la religion ont deux objets différents : la science s’occupe du comment quand la religion s’occupe du pourquoi. Il n’est donc pas dans les prérogatives de la science que de démontrer l’existence ou l’inexistence de Dieu. À son terme, la science arrive à une singularité qui est le Big Bang… et je dirais que Dieu est pour moi cette pichenette primordiale qui fait que l’univers existe alors qu’il aurait pu ne pas exister.

Loin de l’image classique du scientifique nécessairement athée… Cela fait-il de lui un croyant pour autant ? Non. Face à cette vertigineuse interrogation, on ne peut que rester humble et ouvert, tout en gardant précieusement en tête ce conseil d’Edmond Rostand « avoir l’esprit ouvert ne signifie pas l’avoir béant à toute sottise ». Ferais-je donc le pari de Pascal, en étant un croyant qui s’ignore ? Je ne souhaite offusquer personne, mais le Dieu paternaliste et masculin, tel que représenté dans les religions du Livre, ne me séduit pas particulièrement et je lui préfère l’idée d’une « supra conscience » : j’ai la faiblesse – ou la force, suivant du côté où l’on se place – de penser que l’Homme appartient au monde et non l’inverse, et que s’il existait une « entité supérieure », elle n’aurait pas pour ambition de nous donner la liberté d’action d’un côté pour nous la reprendre de l’autre, en attendant de nous que l’on se comporte comme des chiens dociles, car tout cela n’aurait selon moi aucun sens. Le problème étant que l’on a l’impression en réalité de ne disposer que de peu de choix – soit Dieu, soit rien – alors que la nuance est de rigueur et que si ce que racontent les témoins d’expériences au frontières de la mort, les fameuses EMI, est vrai, alors le seul juge que l’on devrait redouter serait une partie étendue de soi, plus large et plus consciente, un peu comme lorsque vous revivez des conflits de votre petite enfance avec votre actuelle conscience d’adulte. Mais nous sommes là sur un terrain marécageux, laissé en jachère par une partie de la science n’ayant pas les moyens d’y appliquer sa méthode classique d’investigation… L’artiste Victor Hugo les a pourtant prévenus, il y a bien longtemps, que s’ils refusaient de considérer ce qu’ils ne peuvent expliquer, alors les charlatans s’en empareraient… mais on n’écoute pas les artistes lorsqu’il s’agit de raison. Ce qui est regrettable, tant il est vrai qu’on affirme tout et son contraire à notre époque, et que certains ne se gênent pas pour abuser de la crédulité des autres en remplaçant allègrement des croyances par d’autres croyances, cercle vicieux duquel l’humain ne sort pas grandi et ne pourra en aucun cas s’élever vers davantage de compréhension de ce que nous sommes et de ce qu’est réellement la conscience.

Si de l’amibe à l’être humain, on observe une évolution de la complexité de l’organisme, il m’apparait que cette complexité mène à davantage de « conscience » et que le but de la vie pourrait donc être de devenir de plus en plus consciente d’elle-même. En ce sens, il m’apparaît également que l’être humain ne serait qu’une étape dans l’évolution de la vie, car s’il en était le terme, alors le but de la vie aurait été la création de l’être humain, ce qui revient au final à une conception religieuse. Comment dans ce cas imaginer l’étape ultérieure ? Va-t-il naître une nouvelle espèce, encore plus consciente ? Existe-t-elle déjà ? Comment nous représenter et concevoir tout cela ?

On m’objectera probablement qu’en disant cela, j’appréhende la vie comme une entité globale, qui aurait nécessairement un but – ce que rien ne permet d’affirmer – et que je tente de mettre du sens là où il n’y en aurait désespérément pas, chaque parcelle de vie tentant coûte que coûte de s’adapter aux modifications des conditions générales. La nature ne serait ainsi pas « une », comme l’affirment d’autres cultures, plus naturelles, mais jugées primitives par les occidentaux qui ne font pas l’effort de les comprendre. Loin de moi l’idée d’affirmer que ces peuples auraient raison, mais on ne peut non plus affirmer le contraire : vivant plus proches de la nature, ils ont probablement conservé ce que le confort de la vie moderne nous aura fait perdre, et à moins de penser qu’il ne seraient pas totalement humains, il serait condescendant et arrogant de mépriser leur conception du monde, qui leur a permis de résister dans des milieux hostiles pour nous et d’exister encore – bien que de plus en plus difficilement à cause de ce que nous leur faisons subir.

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Mark Plotkin : ce que les gens savent de l’Amazonie savent et pas vous.

Ce qui laisse ouverte dans mon esprit la possibilité que la conscience ne soit pas que le produit du cerveau vient de ma perception de la complexité de la nature qui ne cesse de nous surprendre et de laisser pantois nos meilleurs ingénieurs : la recherche et développement mis en oeuvre par la vie nous dépasse, et de loin, car la « technologie du vivant » est à des années lumière de la nôtre, qui fait figure de vulgaire boite de Lego en regard. Il semblerait en effet que tout ait déjà été résolu par elle… un des fers de lance d’Idriss Aberkane.

Les anciens, nos lointains ancêtres, se seraient un jour dit « notre monde ressemble à une gigantesque horloge parfaitement réglée. Si elle est si parfaitement réglée, c’est qu’il doit exister un horloger, mais s’il ne s’est pas manifesté à nous, c’est qu’il avait de bonnes raisons de ne pas le faire, et ne souhaitait pas qu’on s’intéresse à lui. Observons donc cette horloge et tentons de comprendre les lois et les principes qui la régissent et peut-être alors trouverons nous le sens de nos existences ». 

Ces mêmes anciens voyaient un ordre dans toute chose, et donc un sens, et pour eux, il ne pouvait être que le fruit d’une volonté précédant cette matérialisation : ayant admis l’existence d’un concepteur, ils se seraient alors tournés vers l’étude de sa réalisation, à savoir notre monde, en pratiquant une sorte de rétro-ingénierie… ne les ayant pas côtoyés, je n’en sais rien. L’image de l’horloge me séduit dans la mesure où contemplant la nature, j’y vois davantage une ingénierie ultra développée plutôt que la création d’un Dieu dispendieux distribuant à profusion de l’énergie ; tout semble au contraire témoigner d’une économie et d’une gestion rigoureuse de l’énergie, par l’optimisation des matériaux mis en oeuvre, et non d’un immense gaspillage… comme nous seuls sommes capables de le faire.

C’est ici que les modernes matérialistes athées s’arrêtent, clamant que la vie n’a aucun sens autre que celui que nous lui conférons. Car il s’agirait selon eux d’un système qui se créerait de l’intérieur, sans cette « volonté » extérieure qui les effraie tant, peut-être par peur ou par paresse, car qui dit sens, sous entend une nécessité de le rechercher et de s’y conformer… l’argument consistant à affirmer que cela reviendrait à signer le retour de l’Obscurantisme, de la crédulité et des superstitions ne tient pas si la science s’en empare véritablement – ce que font déjà certains. Et puis l’hyper société de consommation, avec son dogme, ses prophètes et ses croyances, n’a rien à envier aux systèmes religieux qu’elle a remplacés, parfois de force…

Ce qui me dérange n’est pas qu’on puisse croire différemment de moi, mais que ces individus se sentent investis d’une mission d’évangélisation n’ayant de rationnelle que l’apparence, puisqu’au final le résultat revient à tenter de convaincre l’autre qu’il a tort, sans pour autant disposer de preuves permettant de le démontrer. Ces mêmes matérialistes prennent souvent à l’appui de leurs affirmations les modélisations calculées par de puissants algorithmes, montrant par là-même que plus un système se complexifie, et plus il devient indépendant et autonome dans ses décisions… certes, mais qui l’a conçu ? Qui a mis en place les conditions initiales lui permettant de se développer ? Qui lui fournit l’énergie nécessaire ? S’il n’y a pas le coup de pouce de l’humain, créant ces conditions initiales propices à son émergence et à son développement, un système peut-il naître de lui même ? A-t-on déjà observé ce phénomène ? C’est une simple question que je me pose, sans perfidie aucune.

De par ma formation de scénariste, je suis évidemment sensible à cette notion d’auteur, car le but d’un bon scénario c’est justement de faire croire qu’il n’y a pas d’auteur, et que ce le public vit est vrai. Dans le cas contraire, une facilité scénaristique deviendra un « coup de pouce » de l’auteur, autrement appelée Deus ex-machina depuis les Grecs qui résolvaient les intrigues des mauvaises pièces de théâtre en faisant descendre du plafond, grâce à un astucieux mécanisme, un dieu qui venait régler la situation et clore les intrigues. Parfois, face à certaines situations de la vie, on est tenté de se demander s’il n’y aurait pas un auteur… interrogation qui disparait aussitôt lorsqu’on est confronté à un drame. Les Hindous, tout comme les Égyptiens antiques, semblaient avoir réglé cette question par la loi de rétribution ou Karma, plus acceptable intellectuellement que les fameuses « impénétrables voies du Seigneur » des catholiques.

Ayant parcouru la planète et rencontré des gens intelligents qui ne pensaient pas comme nous, m’a fait prendre conscience qu’intelligence et culture sont deux notions différentes. Avoir mémorisé des milliers de livres ou avoir Google dans sa poche revient exactement au même si on n’a pas fait la synthèse globale de ce qu’on a lu. Je suis comme beaucoup d’entre nous confronté à ce problème depuis mon enfance, où durant toute ma scolarité, on ne m’a jamais vraiment demandé d’exprimer mon opinion, mais plus souvent de compiler les opinions d’illustres prédécesseurs. Je préfère de loin me tromper en posant des questions idiotes ou en formulant des hypothèses audacieuses que de penser avec le cerveau d’un autre sur la foi de son autorité en la matière. Ainsi le chaman amazonien guérissant la dépression d’un de ses patients avec des cocktails de plantes – pas nécessairement psychotropes – m’intéresse davantage que le psychanalyste, et plus particulièrement la manière dont il s’y prend. Qu’il sache quelle plante donner à quelle personne et en quelle quantité me questionne, surtout quand il répond humblement et avec un sourire que c’est la nature qui le lui a dit… et donc que cela ne provient pas de sa formidable culture (si vous n’avez pas regardé la vidéo en lien plus haut, c’est le moment !).

Qui a raison ou tort ? Je n’en sais rien. Raison pour laquelle je ne ferme aucune porte.

En matière de conscience, l’occidental n’est qu’un néophyte. Reléguer la question de sa nature et de sa localisation à une simple croyance ne va hélas par faire avancer les choses dans le bon sens. Que chacun croit ce qu’il veut, c’est sa liberté, mais qu’il ne vienne m’imposer sa Vérité au motif qu’il la croit vraie, intelligente, rationnelle, tandis, je me répète, qu’il n’apporte aucune preuve à l’appui de ses dires, qu’ils concernent la Volonté d’un Dieu ou le résultat d’un système qui n’aurait d’autre but que de se maintenir et d’évoluer… chose déjà en soit particulièrement remarquable et fascinante, qui devrait tous et à chaque instant nous remplir de gratitude… qu’on soit croyant ou non.

Le problème de notre société occidentale est qu’au lieu, dans le doute, de nous abstenir de croire, nous avons préféré choisir collectivement la pire des options : que la vie n’ait aucun sens et que la mort soit la fin de l’être… sans aucune preuve autre que la disparition de l’organisme. C’est la raison pour laquelle j’ai présenté à mes enfants les deux options lorsqu’ils m’ont chacun posé la question… la première fois, c’était mon fils, à 7 heures du matin au petit déjeuner :
– qu’est-ce qu’il passe quand on meurt, papa ?
– euh… certains pensent que ça continue et d’autres que ça s’arrête…
– et toi, tu penses quoi papa ?
– moi…je ne sais pas… je pense que ça continue…
– ah, moi aussi alors !
– Non, ce n’est qu’une croyance et je n’ai pas davantage de preuves que d’autres : c’est à toi de te faire ta propre expérience, et tu décideras ensuite librement de ce à quoi tu veux croire.

Alors, emboitant le pas de ces énigmatiques anciens, auxquels on prête toutes sortes de choses, j’ai choisi de m’en remettre à l’horloge biologique miniature que Dieu, la nature, le grand tout ou le hasard, à votre convenance, m’a offerte à ma naissance, et je tente de comprendre de l’intérieur ce que je suis véritablement, cherchant à employer au mieux cette extraordinaire interface humaine qu’est notre organisme, et à en explorer au maximum l’étendue de ses possibilités.

Nota : qu’on me pardonne mes formulations si elles s’avéraient trop imprécises, mais je rédige un article reflétant une réflexion et non une publication scientifique.